Fiscalité des influenceurs : 13.500 euros d’impôt imprévu

Fiscalité des influenceurs en Belgique : le cas d'une créatrice de contenu

Dernière mise à jour : Juillet 2026

La fiscalité des influenceurs ne pardonne pas la première année. Une créatrice de contenu belge a découvert début 2026 un impôt des personnes physiques d'environ 13.500 euros sur ses revenus 2025, alors qu'elle avait déjà versé 4.000 euros de cotisations sociales. Voici ce qui a été mis en place ensuite.

Sommaire

Une première année d'activité sans anticipation

Début 2025, une créatrice de contenu se lance comme indépendante. Contrats publicitaires avec de grandes marques, collaborations, audience en croissance : l'activité démarre vite.

Côté gestion, l'accompagnement se limite au strict minimum. Un versement anticipé de cotisations sociales d'environ 4.000 euros est effectué. Aucune projection de revenus, aucun recensement systématique des frais professionnels, aucune réflexion sur la structure.

Début 2026, elle nous consulte, encore prospect. Le calcul est déjà tombé : sur base des revenus 2025 et du faible montant de frais professionnels déduits, l'impôt des personnes physiques atteint environ 13.500 euros, en plus des cotisations déjà versées.

Rien d'irrégulier dans ce dossier. Simplement une activité qui a grandi plus vite que sa structure. La fiscalité des influenceurs sanctionne rarement la fraude : elle sanctionne l'absence d'anticipation.

Cas réel, présenté de façon anonymisée.

Comment la fiscalité des influenceurs traite-t-elle les revenus en Belgique ?

Le SPF Finances publie une page dédiée aux revenus perçus en tant qu'influenceur, qui fixe le cadre sans ambiguïté [1].

La rémunération en nature est imposable. Les produits et services reçus d'une marque sont taxables à leur valeur d'achat normale, y compris lorsqu'ils n'ont pas été sollicités [1]. Un colis non demandé qui fait l'objet d'une publication reste un revenu.

Deux qualifications sont possibles. Les revenus professionnels, de loin le cas le plus fréquent, sont soumis au barème progressif et se déclarent au cadre XVIII. Les revenus divers, réservés à une activité occasionnelle et non organisée, sont taxés à 33 % au cadre XV [1]. Des paiements réguliers, une audience substantielle ou le passage par des intermédiaires font basculer dans la première catégorie.

La TVA suit de près. Des prestations promotionnelles réalisées de manière régulière, sur une base quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, entraînent l'assujettissement à la TVA, avec facturation, reversement et déclarations périodiques [1]. Le régime de la franchise reste accessible sous 25.000 euros de chiffre d'affaires annuel, mais l'identification à la TVA demeure obligatoire [1].

Ce cadre s'applique dès le premier euro. C'est précisément parce qu'il n'avait pas été anticipé que la note de 2025 a surpris.

Pourquoi rester en personne physique n'était plus tenable ?

L'analyse n'a pas commencé par la fiscalité. Elle a commencé par l'activité :

  • Quels revenus sont réellement prévus pour l'année en cours et les suivantes ?
  • Quels contrats sont déjà signés avec les marques, et pour quels montants ?
  • Quelle est la nature exacte des prestations : publicité, partenariat, création de contenu, cession d'image ?
  • Quels frais professionnels réels sont engagés, et lesquels ont été oubliés jusqu'ici ?
  • Quelles sont les ambitions de développement à moyen terme ?

La réponse a été nette. En fiscalité des influenceurs, c'est la trajectoire de revenus qui commande la structure, pas l'inverse. Avec des contrats déjà signés et des montants en croissance, la personne physique n'était plus adaptée : l'intégralité du bénéfice restait exposée au barème progressif, sans possibilité de conserver une partie du résultat dans une structure distincte.

Comment s'est déroulée la constitution de la société ?

Le diagnostic posé, la mise en place a été menée sans délai pour ne pas pénaliser les contrats en cours : constitution de la société, rendez-vous chez le notaire, rédaction du plan financier, mise en relation avec notre partenaire bancaire pour l'ouverture du compte professionnel.

L'objectif était opérationnel avant d'être fiscal. Une créatrice de contenu qui doit interrompre ses collaborations pendant deux mois pour cause de paperasse perd davantage que ce qu'une optimisation lui rapporte.

Sur le fond, la fiscalité des influenceurs repose sur les mêmes démarches de départ que toute activité indépendante : inscription à la BCE, affiliation à une caisse d'assurances sociales, identification à la TVA. La société ne remplace pas ces obligations, elle s'y ajoute.

Les droits d'auteur : un levier réel mais fortement encadré

La constitution de la société n'était qu'une première étape. Compte tenu de la nature créative de l'activité, une seconde piste s'est ouverte : valoriser une partie des revenus en droits d'auteur, qui relèvent des revenus mobiliers et non des revenus professionnels.

L'avantage est réel. Le précompte mobilier applicable à ces revenus est de 15 % ou 30 % selon le montant attribué [3], contre un barème progressif atteignant 50 % pour les revenus professionnels.

Mais le régime a été profondément resserré par la loi-programme du 26 décembre 2022, applicable aux revenus payés ou attribués depuis le 1er janvier 2023 [2]. Certains revenus qui entraient dans le champ de l'article 17, § 1er, 5° du CIR 92 jusqu'à l'exercice d'imposition 2023 n'y entrent plus [2]. Les conditions actuelles sont strictes.

Une condition d'entrée, alternative. Le titulaire originaire des droits doit détenir une attestation du travail des arts visée à l'article 6 de la loi du 16 décembre 2022. À défaut, il doit céder ou concéder ces droits à un tiers aux fins de communication au public, d'exécution ou de représentation publique, ou de reproduction [2].

Deux limites chiffrées, pour les revenus 2025 déclarés en 2026 [2] :

Limite Contenu Conséquence du dépassement
Plafond absolu 75.360 euros bruts de revenus de cession ou de licence La part excédentaire bascule en revenus professionnels
Moyenne sur 4 ans Moyenne des 4 périodes imposables précédentes sous 75.360 euros bruts Perte totale du régime pour l'année
Règle des 30 % Quand la cession s'accompagne de prestations, la part « droits » ne peut excéder 30 % du total La part au-delà de 30 % bascule en revenus professionnels

La règle des 30 % est celle qui est le plus souvent sous-estimée. Elle s'applique séparément à chaque convention et à chaque cessionnaire [2]. Pour un créateur de contenu dont la facture couvre à la fois une prestation de production et une cession de droits, elle plafonne mécaniquement la part valorisable.

À défaut de pièces justificatives, un forfait de frais peut être appliqué sur le montant brut : 50 % sur la tranche de 0 à 20.100 euros, puis 25 % sur la tranche de 20.100 à 40.190 euros [2]. Ces montants sont indexés et évoluent d'une année de revenus à l'autre.

Autrement dit : les droits d'auteur ne sont ni un droit acquis ni un régime ouvert à toute activité créative. C'est une qualification à démontrer, dossier par dossier. C'est la nuance la plus mal comprise de la fiscalité des influenceurs.

Pourquoi passer par un ruling du Service des Décisions Anticipées ?

C'est exactement pour cette raison que le dossier n'a pas été monté en interne puis laissé en l'état. Un avocat spécialisé en droits d'auteur, partenaire de notre réseau, a été sollicité pour structurer le mécanisme. Le dossier a ensuite été préparé et défendu devant le Service des Décisions Anticipées (SDA).

Le SDA permet à tout contribuable d'obtenir du SPF Finances, de manière anticipée, une position sur les conséquences fiscales d'une opération qui n'a pas encore produit d'effets sur le plan fiscal [4]. La loi ne fixe pas de délai contraignant : le service vise un traitement en trois mois, à titre indicatif, ce délai pouvant être modifié de commun accord [4].

Le SDA a validé le ruling dans ce dossier. Le mécanisme de droits d'auteur y est désormais officiellement reconnu.

Ce point mérite d'être lu correctement. Une décision anticipée porte sur la situation décrite par le demandeur. Elle sécurise ce dossier précis. Elle ne crée pas une règle applicable à tous les créateurs de contenu, et elle ne dispense personne d'une analyse propre. Il n'existe pas de montage standard en fiscalité des influenceurs.

Qu'est-ce qu'un plan d'options sur actions ?

L'accompagnement ne s'arrête pas à la mise en conformité initiale. Un plan d'options sur actions (POA) est actuellement à l'étude pour compléter la rémunération de la dirigeante.

Le régime repose sur la loi du 26 mars 1999 [5]. Son principe : l'avantage est imposé forfaitairement au moment de l'attribution de l'option, réputée intervenir le soixantième jour suivant l'offre, et non lors de l'exercice ni de la revente. Pour des actions non cotées, l'avantage imposable est en principe évalué à 18 % de la valeur des actions sous-jacentes, pourcentage réduit de moitié lorsque certaines conditions sont réunies [5].

L'intérêt est la prévisibilité : la base taxable est connue dès le départ. La contrepartie est que l'impôt est dû même si l'option n'est jamais exercée. Ce n'est pas un outil neutre, et il ne se justifie que dans une société dont le résultat le permet.

Fiscalité des influenceurs : les trois leviers de ce dossier

Levier Ce qu'il change Condition principale Statut ici
Société Le bénéfice n'est plus intégralement exposé au barème progressif de l'IPP Constitution notariée, plan financier, comptabilité complète En place
Droits d'auteur Une part des revenus relève du précompte mobilier au lieu du barème progressif [3] Attestation du travail des arts ou cession à un tiers, plafonds et règle des 30 % [2] Validé par ruling du SDA
Plan d'options sur actions Complète la rémunération avec une base taxable forfaitaire connue d'avance [5] Offre formalisée, acceptation dans les 60 jours, résultat suffisant À l'étude

Aucun de ces trois leviers ne fonctionne isolément, et aucun ne produit un résultat garanti. Leur intérêt tient à leur combinaison, et cette combinaison dépend des chiffres réels du dossier.

Faire le point avec BKT Consulting

Si vous êtes créateur de contenu, influenceur ou indépendant exerçant une activité génératrice de revenus d'image, et que votre structure actuelle ne correspond plus à votre niveau d'activité, une analyse chiffrée vaut mieux qu'une estimation. La fiscalité des influenceurs évolue vite, et les conditions d'accès aux régimes favorables se resserrent. BKT Consulting, cabinet comptable à Charleroi, examine vos contrats, vos revenus et vos frais réels avant de proposer une structure, et mobilise les partenaires nécessaires lorsque le dossier le justifie. Contactez-nous au 0492 66 55 09 ou via le formulaire de contact sur bktconsulting.be.

Sources et Références

  1. SPF Finances : Revenus en tant qu'influenceur
  2. SPF Finances : Explications de la déclaration 2026, partie 1 (Région wallonne), cadre VII rubrique D
  3. SPF Finances : Explications de la déclaration 2026, partie 2, précompte mobilier sur les revenus de droits d'auteur
  4. SPF Finances : Service des Décisions Anticipées en matière fiscale
  5. Loi du 26 mars 1999 relative au plan d'action belge pour l'emploi 1998 : texte consolidé sur Justel

Les cadeaux reçus d’une marque sont-ils imposables en Belgique ?

Oui. Les produits et services reçus sont imposables à leur valeur d’achat normale, même lorsqu’ils n’ont pas été demandés, et doivent être déclarés comme revenus professionnels ou divers [1].

À partir de quel chiffre d’affaires un créateur de contenu doit-il facturer la TVA ?

L’assujettissement est la règle dès que les prestations promotionnelles sont régulières. Le régime de la franchise reste possible si le chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas 25.000 euros [1].

Combien de temps prend une demande de décision anticipée au SDA ?

La loi ne fixe pas de délai contraignant. Le Service des Décisions Anticipées vise un traitement en trois mois, ce délai restant indicatif et pouvant être adapté de commun accord [4].

Un influenceur peut-il déclarer ses revenus comme revenus divers ?

Uniquement pour une activité occasionnelle et non organisée, alors taxée à 33 %. Dès que les paiements sont réguliers ou passent par des intermédiaires, il s’agit de revenus professionnels [1].